INSOLITELe Français Christophe Suarez est un animal qui sort les nuits d'été pour capturer des coups de foudre. Rien à voir avec Cupidon, ce sont des vrais éclairs qu'il immortalise. Rencontre pendant une traque.
Tout a commencé en 1996 lorsqu'il a vu «Twister», un film sur les chasseurs de tornades aux USA. «Ce fut une révélation. Soudain je découvrais que je n'étais pas le seul à être dingue des orages», raconte Christophe Suarez. Ce n'est qu'en 2001 qu'il est devenu un véritable chasseur. «Avec l'apparition du numérique cette activité est devenue possible. Il faut faire énormément de clichés pour réussir à capturer l'éclair. Avec la photographie argentique, c'est irréalisable financièrement.» Nous l'accompagnons dans sa quête des éclairs l'espace d'une soirée.
18 h 30. Nous sommes dans le vignoble de Lavaux au-dessus du Léman, vue plongeante sur l'embouchure de la vallée du Rhône où une activité orageuse est annoncée. Christophe Suarez installe ses deux appareils sur leur pied (deux pour augmenter les chances de réussir la bonne prise de vue), règle les temps de pose, choisit son cadrage. «Il faut repérer la zone où l'éclair va se produire, entre le nuage et le rideau de pluie.» Dans les moments de forte activité électrique, il photographie en rafales, espérant ainsi capturer l'Instant.
Traqueur d'orage, ça se résume donc à pactiser avec le hasard? «C'est 50% de chance, 50% de technique et d'expérience.» Outre le maniement de l'appareil photo, il faut savoir où et quand partir à la chasse. Cela paraît évident, mais le choix du point de vue est crucial. «Un panorama suffisamment vaste pour suivre les déplacements de l'orage est nécessaire, faute de quoi, on risque de manquer les plus beaux coups de foudre.» Et puis, le contexte est essentiel aussi pour réaliser une photo d'art. «Je ne fais pas uniquement de la photographie scientifique ou une performance technique, je veux que la photo soit belle.» Le soir précédent à Lyon, ce jour à Montreux, demain peut-être dans le sud de la France. Christophe Suarez parcourt ainsi des kilomètres au gré des éclairs.
20 h. Un arc en ciel gigantesque apparaît au-dessus du lac qui prend une teinte verte. «Magnifique!», s'exclame Christophe Suarez qui se précipite sur son appareil. «Ce n'est pas un éclair mais le tableau est spectaculaire avec au fond ces nuages noirs.» Le photographe n'est pas seulement traqueur d'orages mais aussi de ciels, de paysages ou d'atmosphères. La cellule n'est pas très active, les heures s'égrènent, la nuit tombe. Pour une quinzaine de chasses par saison, seules deux ou trois sont réellement palpitantes.
22 h 30. Tout est calme. Notre chasseur consulte les cartes météo sur son ordinateur portable placé dans le coffre de sa voiture. Tout va bien, une nouvelle cellule orageuse devrait arriver vers nous.
22 h 45. Christophe Suarez ressort rapidement le matériel qu'il avait rangé par crainte de la pluie. Un gros nuage se profile à l'horizon. Quelques éclairs illuminent le ciel mais la cellule n'est pas suffisamment électrique pour faire de belle photos. L'averse avance vers nous. Nous n'avons que quelques secondes pour mettre les appareils à l'abri.
24 h. Nous décidons de lever le camp quand soudain: «Incroyable! Regardez ce nuage bas et très plat qui s'avance! C'est exceptionnel. C'est toujours quand on décide de partir que tout arrive.» Malgré ce credo qui lui est cher, Christophe Suarez se trompe ce soir. Le nuage est spectaculaire mais peu actif. C'est finalement vers 1 heure du matin que nous remontons dans nos voitures. Alors quel résultat pour cette traque? «Rien d'exceptionnel. Comme souvent je rentre presque bredouille. Peut-être que j'aurais quelques clichés de nuages ou des contrastes de lumière.» Heureusement, parfois la patience paie, la preuve en image, ci-contre.
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