C'est drôle ce qu'un cinq étoiles peut me filer comme angoisse. Il suffit d'y entrer pour me sentir à côté de la plaque. Une impression de ne pas être à la hauteur des clients habituels me colle à la peau. Sans carte de crédit dorée, sans vêtement de marque et sans sac Vuitton, serai-je seulement autorisée à passer la porte? Allez, courage, je peux le faire. Et puis, ce sont des gens comme tout le monde, les richetous, non?
C'est du moins ce que je me suis dit ce jour-là pour me persuader de mon droit à la vie dans cet établissement de luxe. Mais, dès mon arrivé dans le hall de l'hôtel chic, un besoin pressé s'est fait sentir. Oups, comment on dit dans ces cas-là? «Pourriez-vous m'indiquer où sont les toilettes?». Mmh, pas assez classe. Tout à coup, ça m'est venu. J'ai demandé, la bouche en coeur, où «étaient les commodités». Waow. Quelle classe. Je me suis impressionnée moi-même. Je faisais presque couleur locale.
Bon, ça s'est un peu gâté quand, après les explications des trois réceptionnistes, j'ai atterri dans un local à skis. «A droite, ils m'ont bien dit à droite non? Allez, pas de panique. Faisons comme si de rien n'était...»
J'ai alors passé et repassé devant la réception l'air dégagé, en souriant et en me tenant bien droite.
Je suis peut-être dans la «classe moyenne», mais je resterai digne. Et puis, au fond, les commodités, c'est nécessaire dans toutes les couches de la population, non? Y'a pas de honte.
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